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2007/10/17 Journal de bord d'une chose que l'on devrait mettre en cage; moi!J'ignore si Jeanne D'Arc était armée de ce que j'aime appeler des leggings, d'un coton ouaté à capuchon, d'une chaudière et d'une guenille lorsqu'elle a eu ses visions, mais c'est ainsi accoutrée que, depuis quelques minutes, mon enveloppe corporelle et tout son contenu sont possédés par une foudroyante inspiration. Et pour ceux qui se le demanderaient avant que je poursuive davantage, non, je ne suis pas prestataire du bien-être social...
Devrait-on pointer du doigt (le 'on' exclut les lépreux qui les auraient tous perdus et ceux qui n'en ont pas) l'ensemble des verres de café, dont les fonds étaient d'un brun-noir opaque ou le total des heures passées à l'extérieur, soumise aux caprices de la nature, botaniquement vêtue pour vaincre la pluie et/ou le froid, qui, à force de se loger contre mon gré dans mes chaussures et de faire capituler mes extrémités corporelles, m'ont fait goûter différents stades de la folie? Bref, peut-être est-ce la somme du meilleur de ces deux mondes, peut-être que l'accumulation de teintures dans mes cheveux a pondu une nouvelle répercussion sur mon état psychologique, reste-t-il que je me suis aujourd'hui lancée dans une aventure sans pareil, une mission des plus périlleuses, soit de faire le ménage de cette pièce qu'on appelle bêtement, à tort ou par malaise, par pudeur de dire les choses telles qu'elles sont, la 'chambre d'ordinateur'...
exotique, n'est-ce pas?
Si vous croyez qu'il se terre, dans cet écosystème domestique, une faune sauvage, grouillante, animée, aux cris hétéroclites et perçants, si vous y imaginez une brousse si dense qu'il est de mise de se promener avec un sabre bien affûté afin de se frayer un passage, où l'air est lourd et chargé, où la lumière naturelle ne parvient à vos yeux qu'en faibles filaments, filtrée et bloquée par l'abondance de reliefs, de volumes et d'entités de toute sorte, je ne peux vous concéder qu'un demi-sourire retroussé en guise à la fois d'approbation et de repentement/repentissement (choisissez celui que vous préférez, on n'a pas été capable de trancher sur la version correcte), puisque vous frôlez de tout près la réalité.
Cependant, on parle plutôt d'une colonie d'acariens et toutes formes de parasite possibles, d'amas de poussière tout aussi unique que chaque flocon dans un banc de neige, où, dans les étagères pliant sous le poids des cartables 3", dodus de paperasse incompréhensible, mais inestimable aux yeux de mon paternel, entassés les uns contre les autres, qui n'ont pas été consultés depuis plusieurs années, seulement regardés d'un air méprisant avec une irrésistible envie de les expatrier dans le bac à recyclage, on retrouve également une jungle de rondeurs radieuses au contact d'une source lumineuse, abordant parfois la mention 'ré-inscriptible' dans un langage abrégé, de minces plaquettes se faufilant dans des lecteurs A:, et si vous êtes de fins observateurs, il vous sera peut-être possible de rencontrer des espèces plus archaiques, molles, à la superficie généreuse trouée en son centre. Quoiqu'il puisse y élire domicile et s'y développer, il est indéniable qu'en établissant une comparaison entre les deux, toutes différences confondues, cette pièce fait de ma propre chambre à coucher l'incarnation-même de la salubrité... ce qui n'est pas peu dire!
Vous croyez sans doute, illustres insouciants que vous êtes, que quelques petites stépettes avec l'aspirateur, bien calculées, ici et là, et deux, trois coups de chiffon suffiront à déloger le malin d'entre ces quatres murs... MAIS IL N'EN EST RIEN!!! Cette aventure est de longue et mauvaise haleine, c'est une véritable rencontre avec le diable, cela peut durer plusieurs jours, voir des mois!!!
JOUR 1
Et en ce premier jour de véritable croisade contre le danger aux multiples visages, après avoir lessivé une minime parcelle des cloisons aux couleurs
Oh... j'allais presqu'omettre de vous informer sur les découvertes archéologiques issues de mes fouilles acharnées:
JOUR 2
Je l'avoue, je me suis claquée deux beans de chocolat au brandy pour calmer mes ardeurs dûe à la folle aventure où je baigne encore et toujours, plus que jamais en fait. L'air pur se fait rare, les réserves d'oxygène sont basses et si je me fis à la journée passée, mes nuits ne seront pas de tout repos.
Bien que je n'aie encore rien vu et que je tienne encore en un seul et succulent morceau, j'ai tout de même réussi à conclure un marché avec le diable, alias ma deuxième mère, quand à l'énormité dans laquelle je me suis embarquée/embourbée, c'est selon.
"En échange d'un budget de 100$ et d'une rémunération décente, je suis prête à faire de cette pièce un.. miracle!", telles furent les paroles qui sortèrent de mon orifice bucal. Moment de lucidité total ou suis-je cliniquement sénile, quoiqu'il en soit, celle qui prétend être ma génitrice (alors qu'on sait tous pertinemment que cet honneur revient à la voisine d'en face) accepta l'offre plus qu'alléchante, mais pas autant que ma personne.
Peut-être ai-je ainsi signé mon propre arrêt de mort, mais peu importe, la besogne effectuée aujourd'hui m'a permis de constater à quel point mon sens de l'analyse est développé. Il est surprenant de constater qu'à la seule vue d'un document, d'une impression quelconque, je sois en mesure de deviner sa date de parution exacte, à un ou deux ans près, cela simplement par le choix de couleurs, la texture, les caractères et la présentation générale. Et ainsi, sans même explorer l'objet plus en profondeur, je peux instinctivement déterminer s'il est davantage pertinent dans la pièce ou aux oubliettes.
Et pour une deuxième journée consécutive, j'alterne à la fois le triage des matières empiétant l'espace de circulation et congestionnant les tablettes du placard, histoire de ne pas sombrer dans la monotonie même si les résultats n'avancent pas aussi vite que si je m'adonnais à concentrer mes énergies au même endroit.
Bien que tout semble aller bon train, j'ai tout de même subi la première attaque à mon intelligence pas plus tard que cet après-midi, en découvrant 3 immenses lots de disquettes, qui nichaient confortablement dans de gros casiers en plastique, au fin fond de ce qui fut autrefois un garde-robe. Comment est-ce possible qu'un être humain normalement constitué possède encore ce genre de choses?! Vous devinerez donc que ni une ni deux, je me retrouvais déjà devant le bac à recyclage géant, garochant à bout de bras l'ensemble de ces petites bêtes inertes, et probablement non-fonctionnelles. Alors, avis aux intéressés: rencontre autour de mon bac à recyclage mardi prochain, où vous pourrez vous battre afin d'obtenir un logiciel d'impôt familial 1994, le correcteur Hugo 2.0, ou qui sait, peut-être serez vous le grand chanceux qui cassera les fonds de bouteille du petit intellectuel asthmastique qui respire comme s'il était pluggé sur une bombonne d'oxygène pour vous sauvez avec les merveilleux graphiques de Street Racer ou une des 18 disquettes d'installation de Windows 3.1!!! Whoa!!!!
C'est un rendez-vous!!!!
JOUR 3
J'espère que vous ne vous êtes pas trop fait de soucis pour moi, puisque mon bilan de cette troisième journée vous est en fait livré à la quatrième. Journée noire aujourd'hui, où nos troupes ont dû reculer, sans toutefois capituler, à la suite d'une intervention patriarcal dans le bac à recyclage. Résultat: je suis probablement sur le point de me faire jeter sans aucune délicatesse hors de chez moi pour l'ampleur des trouvailles qui devaient, selon le bon fonctionnement de mes plans, être détruites, envolées, sublimées avant même que quiconque ne s'aperçoivent de leur disparition. Cependant, il en fut autrement... le bac fut vidé de son contenu, et depuis hier, les matières sont analysées une par une par mon concepteur, où une surprise n'attend pas l'autre!
C'est du moins ce que j'ai pu découvrir ce matin, en revenant un peu non-chalante et le crâne légèrement douloureux vu une trinquette de vin blanc à la bouteille ayant débuté la veille en soirée, lorsque, ayant à peine franchi le seuil d'entrée, ma prétendue mère me déblatérait tout un sermon, qui, curieusement, était teinté d'un fond de sourire, peut-être parce qu'après 20 ans d'acharnement à pousser dans l'arrière train de son mari, à lui faire des scènes et des crises de toutes sortes, après 20 ans de tout ça, c'est une unicellulaire à la chevelure insaisissable, au bout de deux jours de manoeuvres rocambolesques mais primitives, qui a réussi à lui faire amorcer le pas.
Certes oui, j'ai ouvert ma grande bouche pour y sortir tout un arc de sonorités, grâcieuseté de mes cordes vocales, dans lesquelles étaient incrustées des arguments aussi puissants qu'un shooter de Drano quand t'as mal à la gorge, j'ai dû rire de mon paternel, colérique, fâché, les yeux chargés prêts à me tirer dessus, cloîtré à 40 tours dans son garage, à récupérer ses items comme si c'était les morceaux déchirés d'une lettre d'amour pour une romantico-naive qui vit dans un feuilleton d'illusions... ou des miettes de chips pour un estomac qui devrait se tapper quatre chirurgies bariatriques en ligne et qui n'a que du toffu et de bons gros légumes dans son réfrigérateur.
Bien que je me suis faite mettre en dehors de mon propre chantier, ils n'ont pas tardé de me demander de mettre en oeuvre mes talents d'organisatrice d'intérieur et ont tôt fait de me donner la permission de sacrer tout le mobilier existant aux ordures et de mettre le feu au tapis qui doit être colonisé par des régiments incalculables de formes de vie inconnues par ses années d'exposition à l'humidité, aux miettes de nourriture et aux cheveux que j'ai sûrement laissé en guise de trophée ou de preuve de passage. |
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